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Accueil Billet 20 - Richard Yalaoui
Billet signé par Richard Yalaoui
Mardi, 06 Juillet 2010

Billet de 20 - Richard Yalaoui

Depuis le 15 janvier, marc n’arrivait plus à dormir. Ce soir là, il prit une entente avec la fée des rêves et lui promit de croire en son dieu si elle l’aidait à rejoindre Morphée.  Il a décidé de se coucher tôt. Vers 19h30’, il a pris un bain bien chaud, s’est rasé de près, parfumé et a enfilé un pyjama propre. Marc avait le lendemain matin à 8h30’ précise, un rendez-vous très important. Ila vait rendez-vous avec un ex-associé qui lui avait joué des tours par le passé. Ce rendez-vous devait se tenir à un endroit de la ville relativement éloigné du domicile de Marc. Pour ne pas être en retard et aussi pour être en bonne forme, il avait prévu de se mettre très tôt au lit.

Vers 20h30’, Marc s’est couché toutes lumières éteintes sans même attendre sa femme. Elle comprendra certainement car ce n’est pas tous les jours que son mari décroche un entretien d’embauche. Il avait décidé de fermer sa compagnie et de rejoindre un emploi pépère.  Mais cela ne s’est pas passé comme il le souhaitait.  Cela faisait sept mois qu’il était sans travail. D’ailleurs, ces derniers temps, elle sentait que Marc avait tendance à s’énerver très vite et à ne plus savoir comment occuper ses journées. Lui, aussi savait que sa femme était chagrinée, c’est beaucoup pour cela qu’il s’est bougé un peu plus et a fini par avoir ce premier entretien. Avant de dormir, Marc n’oublia pas de régler son téléviseur à sept heures tapante. Habituellement, l’appareil reste toujours réglé sur onze heures mais Marc se lève toujours cinq minutes avant la sonnerie. Il déteste la voix du commentateur de nouvelle aigu au réveil. Pour etre sur de ne pas rater cette journée spéciale, il régla aussi son téléphone. Pour ne pas sentir le poids des heures et des jours, tous les matins, avant de rejoindre son boulot, sa femme lui laisse un billet de vingt dollars. Cet argent permet à Marc de mettre un peu d’essence à l’Esso du coin, de boire un café au bistrot du coin, et de flaner sans sentir un courant d’air dans ses poches.

Ce soir, Marc était soulagé de ne pas céder à ce rituel quotidien qui, sans être fastidieux n’est pas moins une routine dans laquelle il s’est complaisamment englué ces derniers temps. C’est fini tout cela, demain, réveil matinal, transports en commun, foule des grands jours. Il ne prendra pas sa voiture. Il a décidé de faire comme tout le monde et de rejoindre Berri-Uqam. Un autre environnement que Marc a longtemps fréquenté mais qui depuis presque deux ans ne fait plus partie de son univers. Il ressentait une réelle joie de pouvoir renouer avec cette ambiance faite d’attitude dynamique, affairée et pressée. Mais ce dont il avait le plus besoin, c’est cette galerie de portraits. Les transports en commun ont toujours été à ses yeux un véritable musée vivant où il se régale à scruter avec étonnement une infinité de visages de toutes formes et aux psychologies diverses. Marc s’arrêta vite de penser à ces choses. Il devait dormir pour être d’attaque. Son réveil risquerait d’être difficile. Au bout de quelques minutes, il vit arriver le sommeil et le gagner et s’abandonna très vite à ses bienfaits. Quand sa femme le rejoignit au lit, il ne sentit même pas sa présence, il dormait paisiblement. Soudain, au beau milieu de la nuit Marc se réveilla en sursaut pensant qu’il était en retard pour son rendez-vous alors que le réveil n’indiquait que trois heures du matin, passées de peu. Dehors, il faisait encore noir. Rassuré, il essaya de se rendormir mais le sommeil s’était totalement envolé. Marc décida de quitter le lit conjugal. A pas de loup, il se dirigea vers la salle de bain pour faire une toilette sommaire puisque la veille il avait pris un bon bain et s’était rasé avec soin. Quinze minutes plus tard, il était habillé d’un costume minutieusement repassé par sa femme ainsi que d’une chemise claire. Pour cette occasion, il avait également mis des mocassins assortis à sa tenue. Sans être flambants neuves, les chaussures n’étaient pas moins d’une bonne souplesse et avaient encore de la gueule. Une fois prêt, Marc regarda sa montre-bracelet. Elle indiquait  à peine quatre heures. Il décida de se réfugier dans le salon. Dans cette pièce trônait un confortable divan sur lequel Marc aimait se prélasser. Il alluma la télé et baissa le son afin de ne déranger personne. Il regarda une série rediffusée et remâchée plusieurs fois, il changea pour un documentaire animalier. Marc zappa. Sur la chaîne parlementaire, il y’avait une rediffusion d’un débat politique qui ne l’obligeait pas à garder les yeux rivés sur l’écran. Marc aime beaucoup écouter la radio et quand il a la possibilité de transformer la télé en radio il le faisait avec joie. Il ferma les yeux et suivit d’une oreille attentive le reste de la causerie. Comme d’habitude, c’est une sorte de chamaillerie entre deux personnalités politiques importantes qui ne sont d’accord sur aucun point mais qui se disputent tout en restant polies. Au bout des quelques instants, Marc ouvrit l’œil pour regarder l’heure mais la montre n’avançait pas très vite. Il était juste cinq heures vingt. Marc s’enfonça un peu plus dans son fauteuil moelleux et porta toute son attention sur l’émission. Quelques minutes plus tard, celle-ci s’acheva pour laisser place à une autre mais moins intéressante. Marc ne zappa pas mais laissa libre cours à son esprit. Soudain, un grand fracas retentit. Surpris par le vacarme assourdissant, Marc, tel un ressort, se leva. C’était, en fait, le réveil qui sonnait violemment. Le premier réflexe de marc fut de l’arrêter net pour ne pas réveiller sa femme.

En se relevant précipitamment de son canapé, il aperçut  son reflet dans la glace de l’armoire qui lui faisait face. Là, il se vit avec une barbe hirsute, les cheveux en bataille et habillé d’un pyjama délavé et usé. La pièce était baignée par la lumière du jour. A son grand étonnement, Marc ne se trouvait pas dans le salon comme il le pensait mais bel et bien dans sa chambre. Le réveil redoublait de stridulation et affichait exactement onze heures. La femme de Marc n’était plus à ses côtés dans le lit et sur la table de chevet, bien en évidence, se trouvait un billet de vingt.

Richard Yalaoui

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